page 54INTIFADA LA RÉVOLUTION DES PIERRES LA GUERRE DES PAUVRES
I ELLES SE SONT ÉGAILLÉES (quatrains) Où est empoussiérée Hermosa Arnica, De la peuplade aux morts, ciudad de Guernica ? La si belle égérie qui chante encor et rit, Mais n'eut le temps de vivre et ainsi guère niqua. Où est carbonisée Angela Lappalie De la peuplade aux morts à Dresde en Germanie ? La si belle égérie qui chante encor et rit, Mais n'eut le temps de vivre un rêve en Tasmanie. Où est désintégrée Aï Suki Ni-saki De la peuplade aux morts, coeur de Nagasaki ? La si belle égérie qui chante encor et rit, Mais n'eut le temps de vivre et fana gars acquis. Où est empoussiérée Hermosa ? Où est carbonisée Angela ? Où est désintégrée Aï Suki ? Le sais tu, dis ? Numa Pompilius, mon vieil anéanti ! J.-P. F. "S'égailler" prononcé "ségayé" : se répandre, se disperser, s'éparpiller ; variante "s'évailler" ; mots de l'Ouest de la France. En espagnol, hermosa : belle, ciudad : cité, ville. En allemand, lappalie : bagatelle. En japonais, aï : amour fou, adoration, suki : amour, ni : deux, saki : automne.
CETTE PAGE EST DESTINÉE À LA RÉFLEXION : QUE PENSER DES CRÉTINS IRRESPONSABLES ET VILS QUI ONT RECONNU UN ÉTAT COLONIALISTE ET RACISTE & ONT ÔTÉ DES MAINS DE L'O.N.U. L'ADMINISTRATION DE JÉRUSALEM ? TIENS ! LA RÉPONSE EST CONTENUE DANS LA QUESTION, COMME DISAIT COLUCHE.
Mahmoud Darwich , le célèbre poète palestinien vient de mourir. Il était né à Birwa, un village de Galilée à 9 kilomètres de Saint-Jean d'Acre, où il passe son enfance jusqu'en 1948, date à laquelle sa famille fut contrainte à l'exil au Liban. Lorsqu'un an plus tard, ses parents rentrent chez eux, c'est pour constater que leur village a été entièrement rasé et remplacé par une colonie juive. Et tout le reste de sa vie individuelle, sociale, politique et toute sa poésie, en découla. Jamais nos exils ne furent vains, jamais en vain nous n'y fûmes envoyés, leurs morts s'étendront sans contrition. Aux vivants de pleurer l'accalmie du vent, d'apprendre à ouvrir les fenêtres, de voir ce que le passé fait de leur présence et de pleurer doucement et doucement que l'adversaire n'entende ce qu'il y a en eux de poterie brisée. Martyrs vous aviez raison. La maison est plus belle que le chemin de la maison. En dépit de la trahison des fleurs. Mais les fenêtres ne s'ouvrent point sur le ciel et l'exil est l'exil. Ici et là bas. Jamais en vain nous ne fûmes exilés et nos exils ne sont passés en vain. Et la terre Se transmet Comme la langue ".
LA GUERRE DES LÂCHES
LA RANÇON* DU PROGRÈS TECHNOLOGIQUE, DE LA MÉDIATISATION ET DE L'ABSTRACTION TOUJOURS PLUS POUSSÉE DES ACTIVITÉS HUMAINES Le savant autrichien Konrad Lorenz a montré que les explosions de violence humaines sont beaucoup plus dangereuses que celles des animaux, non seulement parce que l'être humain a développé des techniques mais parce que les hommes ont perdu les spécialisations instinctives qui, chez les animaux, provoquent les réactions d’agressivité. Cette dérégulation des instincts est la source d'une violence anarchique et disproportionnée. Et de toute perte de sens moral. De toute éthique humaine. De tout humanisme. Contrairement à certaines idées reçues, le comportement stupide et répugnant, au-delà du bestial, des masses humaines n'est donc pas une survivance des temps archaïques et pré-humains. Il résulte, au contraire, de l'utilisation des innovations technologiques toujours plus médiatisées, lointaines, abstraites, qui ont réduit et même anéanti totalement chez l'homme les mécanismes inhibiteurs qui commandent l'agressivité et donc le meurtre individuel ou les massacres de masse. L'homme qui ouvre la soute aux bombes d'un avion, appuie sur un bouton ou sur une gachette, joue la guerre à distance sur un ordinateur est complètement protégé des conséquences perceptives de son acte. "Dégats collatéraux" et folie intégrale et haineuse des auto-élus de Dieu. La Barbarie ne fait donc que commencer. * du latin "redemptio", rédemption.
Il y a déracinement toutes les fois qu'il y a conquête militaire, et en ce sens la conquête est presque toujours un mal. Le déracinement est au minimum quand les conquérants sont des migrateurs qui s'installent dans le pays conquis, se mélangent à la population et prennent racine eux-mêmes. Tel fut le cas des Hellènes en Grèce, des Celtes en Gaule, des Maures en Espagne. Mais quand le conquérant reste étranger au territoire dont il est devenu possesseur, le déracinement est une maladie presque mortelle pour les populations soumises. Il atteint le degré le plus aigu quand il y a déportations massives, comme dans l'Europe occupée par l'Allemagne ou dans la boucle du Niger, ou quand il y a suppression brutale de toutes les traditions locales, comme dans les possessions françaises d'Océanie (s'il faut croire Gauguin et Alain Gerbault). Même sans conquête militaire, le pouvoir de l'argent et la domination économique peuvent imposer une influence étrangère au point de provoquer la maladie du déracinement. L'argent détruit les racines partout où il pénètre, en remplaçant tous les mobiles par le désir de gagner. Il l'emporte sans peine sur les autres mobiles parce qu'il demande un effort d'attention tellement moins grand. Rien n'est si clair et si simple qu'un chiffre. Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines, car il se multiplie lui-même. Des êtres vraiment déracinés n'ont guère que deux comportements possibles : ou ils tombent dans une inertie de l'âme presque équivalente à la mort, comme la plupart des esclaves au temps de l'Empire romain, ou ils se jettent dans une activité tendant toujours à déraciner, souvent par les méthodes les plus violentes, ceux qui ne le sont pas encore ou ne le sont qu'en partie. Les conquêtes ne sont pas de la vie, elles sont de la mort au moment même où elles se produisent. Ce sont les gouttes de passé vivant qui sont à préserver jalousement, partout, à Paris ou à Tahiti indistinctement, car il n'y en a pas trop sur le globe entier. Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu'à l'avenir. C'est une illusion dangereuse de croire qu'il y ait même là une possibilité. L'opposition entre l'avenir et le passé est absurde. L'avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien; c'est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle même. Mais pour donner il faut posséder, et nous ne possédons d'autre vie, d'autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l'âme humaine, il n'y en a pas de plus vital que le passé. L'amour du passé n'a rien à voir avec une orientation politique réactionnaire. Simone Weil, divers extraits de L'Enracinement (publié en 1949)
DERNIÈRES NOUVELLES L'esprit de vérité peut résider dans la science à la condition que le mobile du savant soit l'amour de l'objet qui est la matière de son étude. Cet objet, c'est l'univers dans lequel nous vivons. Que peut-on aimer en lui, sinon sa beauté ? La vraie définition de la science, c'est qu'elle est l'étude de la beauté du monde. Dès qu'on y pense, c'est évident. La matière, la force aveugle ne sont pas l'objet de la science. La pensée ne peut les atteindre; elles fuient devant elle. La pensée du savant n'atteint jamais que des relations qui saisissent matière et force dans un réseau invisible, impalpable et inaltérable d'ordre et d'harmonie. « Le filet du ciel est vaste, dit Lao-Tseu ; ses mailles sont larges ; pourtant rien ne passe au travers. » Simone Weil (1909-1943)